
L’avocat de Mickaëlle Paty, Thibault de Montbrial, à la Cour d’assises spéciale de Paris, le 26 janvier 2026, pour le procès en appel de l’assassinat de Samuel Paty. © Jérémy Paoloni/Abaca
INTERVIEW. Thibault de Montbrial avoue sa stupéfaction face à la nouvelle stratégie de défense du prédicateur Abdelhakim Sefrioui, condamné en première instance à quinze ans de réclusion criminelle.
Alors que quatre personnes ont fait appel de leurs condamnations – deux amis du terroriste Abdoullakh Anzorov, le père de la collégienne à l’origine de la cabale Brahim Chnina, et Abdelhakim Sefrioui – l’avocat de ce dernier s’est exprimé face à la presse, en marge de la première journée du procès en appel, lundi 26 janvier. « Nous n’avons pas le droit de dire qu’il procédait à la discrimination des élèves musulmans, mais moi je vais le dire haut et fort tout au long du procès », a-t-il déclaré.
« Je suis stupéfait de voir ajouter l’indécence à l’abomination », a réagi, auprès du Point, maître Thibault de Montbrial, avocat de Mickaëlle Paty, sœur de la victime, face à cette nouvelle stratégie de défense. « C’est une technique curieuse, qui semble consister à dire que ce qui est arrivé à Samuel Paty est de sa faute et qu’il l’aurait, au fond, bien cherché », s’indigne-t-il. Et de rappeler l’accusation portée contre Abdelhakim Sefrioui : avoir lancé une « fatwa numérique » ayant mené à la mort du professeur.
Le Point : Quelle a été votre réaction face aux propos tenus, lundi, par l’avocat d’Abdelhakim Sefrioui, maître Francis Vuillemin ?
Thibault de Montbrial : Je suis stupéfait de voir ajouter l’indécence à l’abomination. Ce que dit ce nouvel avocat de Sefrioui est d’abord faux, puisqu’aucune famille musulmane du collège du Bois d’Aulne [où le professeur exerçait, NDLR] n’a reproché son cours à Samuel Paty. Il n’y en a pas trace dans le dossier. C’est ensuite une technique curieuse, qui semble consister à dire que ce qui est arrivé à Samuel Paty est de sa faute et qu’il l’aurait, au fond, bien cherché.
Comment expliquer ce choix de la défense ?
Je peine à comprendre l’intérêt de cette logique car il n’y a pas d’explication rationnelle à une telle stratégie de défense. L’audience de première instance a permis de révéler au public l’extrême radicalisation d’Abdelhakim Sefrioui. Il est un individu rongé par la haine. Sa fille elle-même a rapporté, en procédure, qu’il estimait « les fatwas émises à l’encontre de [l’écrivain] Salman Rushdie normales et que [ce dernier] méritait de mourir ».
Comment votre cliente, Mickaëlle Party, sœur de la victime, a-t-elle réagi aux propos de Francis Vuillemin ?
Elle n’a pas été surprise par ses déclarations car il se répand dans la presse depuis plusieurs jours avec cette nouvelle logique. Mais ce n’est pas pour autant que cela la rend plus supportable.
Quel impact cette stratégie peut-elle avoir sur le reste du procès ?
Elle ne change rien à l’accusation portée contre Sefrioui, qui est celle d’avoir lancé ce que la Cour d’assises de première instance a appelé une « fatwa numérique » contre Samuel Paty. Rappelons que Sefrioui est le doigt qui a désigné Samuel Paty à la main qui l’a décapité.
Maintenant, il va être intéressant de voir comment la défense de China, le père de la fille [qui a relayé publiquement des messages de haine identifiant le professeur après que sa fille a faussement affirmé avoir assisté au cours de Samuel Paty, NDLR] va se positionner face à cette fuite en avant dans l’excès de la défense.
Les réquisitions pourraient-elles être plus sévères qu’en première instance ?
Je ne peux pas vous le dire. Mais si la logique de Sefrioui revient à dire qu’il n’a rien fait de mal, c’est un curieux socle d’argumentation que d’attaquer ainsi la victime et de laisser entendre, d’un mot à peine voilé, que ce qui lui est arrivé est de sa faute.
Ce que fait Sefrioui, par l’intermédiaire de Vuillemin, c’est dire qu’il aurait été victime dans sa sensibilité islamiste d’une « excuse de provocation » de Samuel Paty. Cette notion peut exister en droit, mais on ne voit pas, dans ce cas, où peut mener la stratégie qui consiste à s’en prévaloir. Cela n’a pas de sens, et c’est indécent.