Le 11 janvier 2021, trois antennes avaient été incendiées dans la commune des Cars (Haute-Vienne), privant notamment un million de téléspectateurs de la TNT pendant huit jours. © France Télévisions
Au tribunal correctionnel de Limoges, le procès de deux prévenus poursuivis pour des sabotages visant des infrastructures liées au numérique a pris une tournure singulière ce jeudi 19 mars. L’audience a dépassé le simple cadre judiciaire pour devenir le théâtre d’un débat plus large sur la 5G, les compteurs Linky et, au-delà, les choix technologiques sociétaux.
L’affluence était inhabituelle ce jeudi 19 mars au tribunal correctionnel de Limoges. Plus de 150 personnes sont venues soutenir dès 8 heures ce matin les deux prévenus jugés pendant deux jours pour destruction et dégradation par moyen dangereux en bande organisée et association de malfaiteurs.
Place Winston Churchill, devant la Cité judiciaire, des banderoles « soutien aux inculpés du 15 juin » ou encore « stop au techno-solutionnisme » sont dressées, et une cantine est montée pour servir des boissons chaudes au comité de soutien. L’enjeu des manifestants est clair : faire de ce procès pénal celui des technologies numériques. « On veut qu’il y ait un débat, c’est pour ça que parmi les témoins il y a plusieurs personnalités qui interviennent dans différents champs relatifs à la téléphonie, aux métaux utilisés, aux ondes, par rapport à ce que le numérique fait à la société en termes de relations humaines », martèle Alain, retraité membre du comité de soutien depuis le début de l’affaire en 2021.
Rappel des faits
Mais avant d’appeler à la barre ces fameux témoins, la présidente rappelle les faits reprochés aux deux prévenus : ils sont soupçonnés d’avoir participé à l’incendie de huit véhicules Enedis, à Limoges, dans la nuit du 10 au 11 février 2020 , ainsi qu’à celui, un an plus tard, de trois antennes situées sur la commune des Cars en Haute-Vienne : un émetteur TDF, une antenne-relais 5G ainsi qu’une antenne militaire. À l’époque, l’incendie de l’émetteur avait privé plus d’un million de personnes de la TNT et de la radio pendant huit jours. À chaque fois, des tags dénonçant les compteurs Linky et la 5G ont été retrouvés sur place.
Anne V. est également poursuivie pour avoir participé à l’incendie de véhicules Eurovia à Limoges, cinq ans plus tôt, en 2015. La quinquagénaire reconnaît les faits, à l’exception des tags. Devant le tribunal, elle lit une déclaration dans laquelle elle regrette d’avoir été dépeinte comme une « éco-terroriste », alors qu’elle se considère simplement comme une « amoureuse de la nature » ayant simplement voulu « éviter que l’avenir soit inhabitable ». « Mon geste m’a semblé, à ce moment-là, le seul possible », indique la prévenue, précisant avoir veillé à ne blesser personne.
Une version contestée par l’avocate d’Enedis, qui « condamne très fermement ces actes de sabotage incendiaires qui ont été réalisés et qui ont ravagé ces infrastructures logistiques, mais qui ont surtout traumatisé durablement l’ensemble des salariés qui travaillent sur ce site, et en particulier un agent qui était de permanence ce soir-là, présent sur les lieux, et qui aurait très bien pu finir très grièvement blessé, voire pire. »
Les prévenus sont évidemment libres d’avoir les convictions qu’ils souhaitent, voire d’exprimer leur résistance, mais il y a une limite : l’utilisation de la violence. C’est un acte qui est inadmissible et irresponsable.
Me Pauline Ragot, Avocate d’Enedis
Le procès du numérique
Après le rappel des faits, le tribunal a donc consacré une grande partie de la journée à entendre les huit témoins convoqués par la défense : chercheurs, journalistes, historien, victime de l’électro-magnétisme, etc., venus exposer leurs points de vue sur la 5G, et plus globalement le numérique.
Des témoins convoqués pour expliquer, à défaut de justifier l’action des prévenus, comme l’explique Me Henri Braun, avocat du deuxième prévenu : « Je pense que c’est important qu’on puisse avoir un débat autour de l’utilisation de ces technologies, et je constate que ce débat est très difficile dans l’espace public, dans l’arène politique. » « Un tribunal est également un lieu où l’on peut débattre de questions qui sont importantes, aussi bien à l’échelle d’une communauté que de l’humanité toute entière. » Me Henri Braun Avocat d’un prévenu
Parmi eux, Célia Izoard, journaliste indépendante, autrice d’un ouvrage sur les chaînes d’approvisionnement du numérique : « Le sujet qui est traité, c’est un énorme enjeu de société. C’est la question des choix technologiques : la population peut-elle se saisir des choix technologiques ? On a affaire avec la 5G et les compteurs Linky à des exemples typiques de technologies imposées, qui sont néfastes pour l’intérêt public, du point de vue écologique, du point de vue la lutte contre le réchauffement climatique, du point de vue de la protection de la biodiversité. »
Le procès se poursuit ce vendredi 20 mars avec les réquisitions et les plaidoiries des avocats. Les prévenus risquent jusqu’à 10 ans d’emprisonnement et plusieurs centaines de milliers d’euros d’amende.

/regions/2026/03/19/ftv-limo-0033-00-00-02-02-69bc3afe6dd6f724059641.jpg)
/regions/2026/03/19/ftv-limo-0035-00-00-02-09-69bc3bbc19285139139946.jpg)