
Deux animateurs, présentés à un juge vendredi, ont été mis en examen après le coup de filet survenu mercredi dans le cadre des violences sexuelles dans le périscolaire à Paris.
Deux animateurs, âgés de 52 et 44 ans, ayant exercé à l’école maternelle publique Saint-Dominique à Paris, ont été mis en examen et placés en détention provisoire vendredi soir, soupçonnés de violences sexuelles, a appris l’AFP de sources judiciaires et proches du dossier. Une animatrice a également été placée sous le statut plus favorable de témoin assisté.
L’information judiciaire ouverte vendredi porte sur «des faits commis au préjudice d’une vingtaine d’enfants», selon le parquet, avec deux animateurs poursuivis «pour des faits à caractère sexuel».
Les mis en examen sont nés au Brésil et au Cameroun. À l’issue d’audiences devant une juge des libertés et de la détention, au cours desquelles ils ont été placés en détention provisoire, leurs avocats Sophie Guinamant et Gianni de Georgi ont «appelé à la prudence» sur ce dossier qui suscite une vive inquiétude parmi des parents d’élèves et est l’objet de polémiques au sein de la classe politique.
«Des signaux existaient, ils ont été cachés aux parents»
Dans le box, le suspect né au Brésil, un père de famille aux longs cheveux ondulés grisonnants, a calmement écouté, assisté d’un interprète, les soupçons à son encontre. Il est poursuivi pour «un certain nombre de faits», dénoncés par «plusieurs victimes» de viols ou agressions sexuelles sur mineur de moins de 15 ans, a indiqué la juge des libertés et de la détention. «L’histoire judiciaire a plusieurs fois démontré que l’emballement médiatique dans ce type de dossiers peut conduire à des erreurs majeures», ont souligné ses avocats. «Notre client a pleinement confiance dans l’institution judiciaire pour faire la lumière dans ce dossier et établir son innocence». Signalé dès novembre dernier par la mairie du 7e arrondissement auprès de la circonscription des affaires scolaires et de la petite enfance (Caspe), après des signalements de parents, il aurait été déplacé dans le 15e arrondissement en décembre plutôt que suspendu de ses fonctions, assure une source proche du dossier.
Le second suspect, né au Cameroun, est mis en examen pour «des faits d’agression sexuelle sur plusieurs périodes» et pour exhibition sexuelle sur des enfants, d’après la juge. «Notre client conteste l’ensemble des faits qui lui sont reprochés, qui ne sont étayés par aucun élément objectif. Il compte sur la justice pour établir la vérité», ont réagi auprès de l’AFP ses avocates Raphaëlle Varaut et Clémentine Berthier. Plusieurs sources proches du dossier ont estimé que l’information judiciaire devait permettre de corroborer les multiples dénonciations, fondées, à ce stade, sur «les déclarations des enfants».
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«Malgré les menaces dont ils faisaient l’objet, nos enfants ont eu le courage de parler, nous sommes si fiers d’eux, et nous ne nous tairons pas», ont fait savoir dans un communiqué des parents d’élèves de Saint-Dominique, réunis dans le collectif «Les petits héros de Saint-Do». Ce collectif a exprimé son «immense colère envers les agresseurs mais aussi envers les institutions, à commencer par la ville de Paris et l’école Saint-Dominique». «Des signaux existaient, ils ont été cachés aux parents», a-t-il accusé.
Cette ouverture d’information judiciaire, qui porte sur le périscolaire auprès des trois écoles parisiennes Saint-Dominique, Rapp et La Rochefoucauld, dans le 7e arrondissement, a été précédée de l’audition de 44 enfants par la Brigade de protection des mineurs. «Une vingtaine» ont été désignés comme «victimes», mais «une vingtaine d’autres» ont vu leurs plaintes «écartées à ce stade, notamment parce qu’ils n’ont pas nommé leur agresseur», a avancé le collectif «Les petits héros de Saint-Do».
«Une centaine d’enquêtes concernent les écoles maternelles, une vingtaine les écoles primaires, une dizaine les crèches»
Mercredi, 13 autres personnes avaient été interpellées puis remises en liberté, le parquet expliquant qu’il ne disposait pas de «charges suffisantes» à leur encontre. Une animatrice, aussi présentée à la justice vendredi, a été placée sous statut de témoin assisté, a indiqué la même source.
«Si des lacunes du dossier ont imposé des mises hors de cause, nous engagerons tous les moyens possibles pour permettre la condamnation de l’ensemble des responsables», a prévenu l’avocat Julien Roelens, qui représente la famille d’un enfant de Saint-Dominique, ayant porté plainte pour viols.
De son côté, Me Louis Cailliez, avocat de deux familles dont les enfants auraient été victimes de viol, se félicite de cette décision auprès du Figaro : ses clients «accueillent avec satisfaction cette décision logique, qui place hors d’état de nuire le prédateur s’en étant pris à leur enfant de manière abominable.» L’avocat tient toutefois à souligner : «Nous n’oublions pas toutes les responsabilités délictuelles au sein de l’administration.»
D’autres procédures sont en cours dans la capitale, avec des violences présumées dans les accueils périscolaires. «Une centaine d’enquêtes concernent les écoles maternelles, une vingtaine les écoles primaires, une dizaine les crèches», selon le parquet. Mercredi, le maire PS de Paris Emmanuel Grégoire avait salué une «accélération des enquêtes». Il a de son côté engagé début avril un plan d’action à 20 millions d’euros pour le périscolaire, «priorité absolue» de son début de mandat.