
INFO JDD. Le tribunal de Strasbourg a relaxé l’anthropologue, poursuivie pour diffamation par une doctorante de l’université de Strasbourg pour avoir dénoncé l’influence de l’idéologie frériste dans l’enseignement supérieur. L’université s’était montrée solidaire, financièrement et moralement, de son étudiante.
Le tribunal judiciaire de Strasbourg donne raison à Florence Bergeaud-Blackler. L’anthropologue, chargée de recherches au CNRS et spécialiste de l’idéologie des Frères musulmans, était poursuivie pour « diffamation publique en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion » par Iman El Feki, doctorante en sociologie à l’université de Strasbourg. Les faits reprochés remontent au 4 mars 2025 et à un tweet dans lequel Florence Bergeaud-Blackler évoque « l’idéologie frériste » qui « s’est installée dans les universités progressivement depuis trente ans ».
Sur ses réseaux, Iman El Feki avait partagé le visuel d’une « marche radicale » appelant à « la libération de la Palestine de la mer au Jourdain », un slogan politique antisioniste. « Ne croyez pas qu’il s’agit d’un cas isolé », soulignait alors Florence Bergeaud-Blackler. Et d’ajouter : « L’idéologie frériste s’est installée dans les universités progressivement depuis trente ans. Elle joue un rôle grandissant dans la formulation des études sur l’islam contemporain, et tient les comités de lecture de revues dans lesquels aucune approche critique n’est admise. Cela s’appelle “l’islamisation de la connaissance” et c’est un projet des Frères musulmans comme je l’explique dans Le Frérisme et ses réseaux (2023). »
Le soutien financier de l’université de Strasbourg
Le 10 avril 2025, l’étudiante écrit par courriel à la responsable des affaires juridiques et institutionnelles de l’université de Strasbourg afin de dénoncer des « publications en ligne diffamantes », mettant en cause sa « réputation », son « intégrité scientifique » et sa « sécurité ». Le 22 mai 2025, Frédérique Berrod, la présidente de l’université de Strasbourg, lui répond personnellement par courriel afin de l’« assurer du soutien de l’établissement dans ce dossier ».
Elle indique avoir signalé « les posts établis par Madame Florence Bergeaud-Blackler à son employeur, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) ». Mais ce n’est pas tout. Elle ajoute vouloir prendre en charge une partie des frais judiciaires engagés par Iman El Feki : « Je souhaite participer à la prise en charge des honoraires de votre conseil pour le montant annoncé de 1 500 euros HT soit 1 800 euros TTC. »
En tant que doctorante, Iman El Feki n’a pas le statut d’agent de la fonction publique et n’est donc pas éligible à la protection fonctionnelle que prévoit l’administration dans certains cas. La directrice de thèse de Mme El Feki indique que les propos de Florence Bergeaud-Blackler auraient « contribué à impacter la santé mentale » de l’étudiante et seraient à eux seuls la cause de cinq mois d’arrêts de travail renouvelés.
« Une procédure à motif idéologique »
Me Louis Cailliez, l’avocat de Florence Bergeaud-Blackler aux côtés de Me Vinciane de Sigy, a souligné que Mme El Feki avait participé, en tant qu’intervenante principale, à une conférence du CCIE (Collectif contre l’islamophobie en Europe), réputé proche des Frères musulmans, diffusée en direct sur le réseau Telegram le 19 décembre 2024. Le 5 mai dernier, Iman El Feki donnait une conférence à l’université de Strasbourg pour l’EMF (Étudiants Musulmans de France), la branche étudiante de l’UOIF (Union des organisations islamiques de France), devenue en 2017 Musulmans de France, une organisation identifiée par le gouvernement français comme la branche nationale des Frères musulmans.
Dans son délibéré rendu jeudi 11 juin, le tribunal judiciaire de Strasbourg a prononcé la nullité des poursuites engagées par Mme El Feki. Sur le réseau social X, Florence Bergeaud-Blackler s’est félicitée de cette « victoire » judiciaire.
« Le tribunal a suivi la seule boussole qui vaille : le droit (et rien que le droit), dans une procédure à motif idéologique qui visait à bâillonner le travail courageux et salutaire de Florence Bergeaud-Blackler sur l’entrisme des Frères musulmans dans la galaxie universitaire française », se réjouit auprès du JDD Me Louis Cailliez.
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Source : Le Journal du Dimanche
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