
L’un des animateurs, mis en examen pour agressions sexuelles au sein de l’école maternelle du 7e arrondissement de Saint-Dominique, a été recruté par la mairie de Paris en 2025 alors qu’il faisait déjà l’objet depuis plus d’un an d’une plainte pour des faits d’inceste, dénoncés par son propre fils.
C’est un nouvel élément, révélé par Le Monde et confirmé de source proche du dossier par BFMTV, qui vient pointer du doigt la responsabilité et la défaillance possible des différentes autorités, à la fois politique et judiciaire, dans le scandale du périscolaire: Edgar H., 44 ans, était visé par une plainte pour inceste depuis plus d’un an lorsqu’il a été recruté en tant qu’animateur périscolaire pour différents établissements parisiens, l’an dernier, dont l’école maternelle publique Saint-Dominique. Aujourd’hui, cet homme est l’un des deux animateurs mis en examen dans l’affaire de l’école Saint-Dominique, à Paris. Il est accusé par neuf enfants de faits de viols, d’agression sexuelle, d’atteinte à l’intimité de la vie privée à caractère sexuel, et d’exhibition sexuelle. Il a été mis en examen pour agressions sexuelles sur sept de ces enfants, et exhibition sexuelle sur deux autres enfants. Dans les faits, ces tout-petits, scolarisés en maternelle, accusent notamment Edgar H. d’attouchements sur le sexe, de bisous sur la bouche et sur le corps, de caresses, de mises à nu, de claques, d’étranglements, de coups de pied et des coups de poing, selon nos informations.
Placé en détention provisoire, l’homme, qui nie catégoriquement les faits, a fait appel de cette décision. Dans un arrêt rendu ce lundi 15 juin 2026 par la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris, la justice a refusé sa demande et a estimé que la détention provisoire était justifiée. C’est dans cet arrêt qu’il est fait mention de cette plainte pour inceste, faisant dire à ce même tribunal que « l’existence d’une plainte pour des faits de même nature » (violences sexuelles sur mineur, ndlr) ne peut « qu’interpeller ».
Son fils l’accuse de violences et d’inceste
Cet homme de nationalité camerounaise a été recruté le 28 avril 2025 par la direction des affaires scolaires de la mairie de Paris en tant qu’animateur périscolaire. Or, à ce moment-là, il était visé depuis plus d’un an par une plainte déposée par son fils, âgé aujourd’hui de 18 ans, pour des faits d’inceste commis dès la petite enfance. Dans cette plainte, déposée le 18 mars 2024, le jeune homme décrit des violences habituelles depuis l’âge de 4 ans, des agressions sexuelles entre ses 6 et 10 ans, et une tentative de viol incestueux (pénétration anale) à l’âge de 7 ans.
Où en est cette plainte actuellement, deux ans après les dénonciations de ce jeune homme sur son père, Edgar H.? A-t-elle donné lieu à l’ouverture d’une enquête judiciaire? Celle-ci est-elle toujours au stade de l’enquête préliminaire, ou y a-t-il une instruction judiciaire et une mise en examen – et donc une inscription au fichier des délinquants sexuels, le FIJAIS, consultable par la mairie? Si oui, depuis quand? Contacté ce soir par BFMTV, le parquet de Paris n’a pas encore répondu à ces questions.
De son côté, la ville de Paris affirme auprès de BFMTV qu’elle n’était « pas au courant de cette plainte ». « Celle-ci n’apparaissait pas dans les fichiers que la ville consulte systématiquement avant tout recrutement d’animateurs. Ni dans le fichier B2, ni dans le FIJAISV ni dans le fichier des cadres interdits. Pour pouvoir avoir connaissance des plaintes qui n’ont pas conduit à un jugement et à une condamnation, il faudrait que la ville de Paris, comme de nombreuses autres institutions, puisse avoir accès au TAJ, fichier de police judiciaire consultable aujourd’hui uniquement par des agents de police et de justice », ajoute la municipalité.
Une autre source judiciaire indique toutefois à BFMTV qu’il a simplement été entendu « en audition libre » pour ces faits d’inceste, et que lors de cette audition, à la lecture des faits reprochés, il avait exprimé son « étonnement » auprès des enquêteurs, pensant être convoqué pour la plainte de son ex-conjointe qui dénonçait une agression sexuelle… sur sa belle-fille. Là encore, pas d’informations à ce stade sur l’existence ou non d’une procédure judiciaire à ce sujet.
Les parents d’une victime présumée « écoeurés »
Quant à la mairie de Paris, que répond-elle? Le traitement des antécédents judiciaires de cet homme porte pourtant forcément trace de cette plainte pour des faits d’inceste. Pouvait-elle en avoir connaissance? Non, d’après une source bien informée, qui précise que tout comme l’Education nationale, « ils n’ont accès qu’aux condamnations judiciaires et à l’inscription au fichier des délinquants sexuels », dès l’étape de la mise en examen. Contactée ce soir également, la mairie de Paris indique « revenir vers » BFMTV « au plus vite ».
Me Louis Cailliez représente les parents d’une petite fille de 4 ans, pour qui deux animateurs dont Edgar H. ont été mis en examen pour agression sexuelle. Contacté par BFMTV, il estime que « les mots manquent pour décrire le sentiment d’écœurement de mes clients, alors que dans le même temps, Emmanuel Grégoire tente de les intimider en menaçant de plainte quiconque accuserait la Mairie d’avoir embauché des pédocriminels dans le périscolaire. On croit rêver! Ou plutôt émerger d’un mauvais cauchemar. Les responsables de ce fiasco en répondront », indique l’avocat.
À date, la ville de Paris a suspendu 132 animateurs en 2026, dont 52 pour « suspicion de violences sexuelles ou sexistes », a annoncé la semaine dernière le maire Emmanuel Grégoire, qui a lancé une commission d’enquête indépendante sur le sujet et a fait du sujet du périscolaire « une priorité ». Ce jeudi 18 juin, une mobilisation à l’appel de parents d’élèves aura lieu devant la rue Cler, dans le 7e arrondissement, pour « dénoncer le scandale du périscolaire ».
Article du Figaro également à ce sujet :
Edgar H., 44 ans, a été recruté par la mairie de Paris alors qu’il faisait l’objet d’une enquête pour agressions sexuelles sur son fils. Un élément qui interroge sur les défaillances des dispositifs de contrôle et la chaîne de responsabilités autour du scandale dans le périscolaire.
Pendant dix mois, Edgar H. a travaillé comme animateur périscolaire à Paris alors qu’il faisait déjà l’objet, depuis plus d’un an, d’une enquête pour agressions sexuelles sur son fils, a appris Le Figaro de sources concordantes, confirmant une information du Monde. L’homme de 44 ans est désormais soupçonné d’avoir infligé des sévices sexuels à plusieurs enfants sur le temps périscolaire à l’école maternelle Saint-Dominique, dans le VIIe arrondissement. Il a été mis en examen et écroué le 22 mai dernier.
«On croit émerger d’un cauchemar», réagit auprès du Figaro Me Louis Cailliez, avocat de plusieurs familles de victimes. «Cet animateur n’aurait jamais dû être recruté», regrette-t-il alors que depuis l’éclatement du scandale, les défaillances des autorités, notamment au niveau de la mairie de Paris, sont pointées du doigt.
Edgar H., qui conteste les accusations, a fait appel de son placement en détention provisoire mais sa demande a été rejetée par la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris dans un arrêt du 15 juin dernier. Dans le document que Le Figaro a pu consulter, il apparaît que cet homme de nationalité camerounaise faisait par ailleurs l’objet d’une plainte déposée le 18 mars 2024 par son fils de 18 ans. Ce dernier dénonce des violences habituelles commises depuis ses 4 ans, des agressions sexuelles incestueuses infligées entre ses 6 et 10 ans et une tentative de viol lorsqu’il en avait 7. Cette procédure a été signalée à la Brigade de protection des mineurs – en charge des investigations concernant le scandale du périscolaire à Paris – par le commissariat du XVe, où la plainte avait été déposée.
«La justice n’a pas protégé les enfants»
Elle n’a toutefois pas permis de tenir à l’écart des enfants ce quadragénaire décrit comme discret, peu impliqué, souvent en retard et sur son téléphone durant les heures de travail. À ce jour, sept enfants l’accusent d’attouchements sur leurs parties intimes, de «bisous sur la bouche et partout sur le corps», de «coups de pied et de poing» et d’avoir des pris des photos d’eux dénudés sur le temps du périscolaire. Edgar H. avait été embauché par la direction des affaires scolaires de la mairie de Paris le 28 avril 2025 avant d’être suspendu le 5 février 2026 suite à ces dénonciations. Quelle est la part de responsabilité de la municipalité ? Auprès du Parisien, elle affirme qu’elle n’était pas au courant de la plainte visant Edgar H. qui «n’apparaissait pas dans les fichiers que la Ville consulte systématiquement avant tout recrutement d’animateurs». «L’instruction devra établir si la mairie de Paris, en sa qualité d’employeur, avait connaissance de l’existence de cette procédure», estime auprès du Figaro Me Julien Roelens, avocat de familles de victimes. «Quoi qu’il en soit, la justice, elle, savait, et n’a pas protégé les enfants.»
En garde à vue, le Camerounais né à Yaoundé et titulaire d’une carte de résident en France valable jusqu’en janvier 2027, est resté évasif sur sa vie familiale. Quant aux accusations formulées par les enfants, il dénonce des propos mensongers et soutient avoir toujours scrupuleusement suivi les consignes en évitant les contacts physiques avec les enfants. Edgar H. réfute les avoir pris dans ses bras ou embrassés : «Je n’ai jamais été au-delà de ce qui était interdit.» Toutefois, «la multiplicité des témoignages concordants de ces sept enfants ayant parlé à leurs parents, corroborés par les signalements au parquet et par la teneur des examens psychologiques le mettant en cause, constituent des indices graves et concordants» à son encontre, a estimé la chambre de l’instruction dans le document que nous avons pu consulter.
Un autre animateur périscolaire exerçant à Saint-Dominique a également été mis en examen et écroué le 22 mai dernier, il s’agit de Cidel C. 52 ans. Le suspect, un père de famille né au Brésil, est accusé par plusieurs enfants de viols et agressions sexuelles. Dans cette vaste enquête qui concerne également les écoles Rapp et La Rochefoucauld, 44 enfants ont été entendus par la Brigade de protection des mineurs. Depuis le début de l’année, 132 animateurs ont été suspendus à Paris, dont 52 pour «suspicions de violences sexuelles ou sexistes». Le nouveau maire PS de Paris, Emmanuel Grégoire, a reconnu le caractère «systémique» de ces agressions alléguées.