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«J’attends que justice soit faite» : deux ans après l’évasion de Mohamed Amra, la difficile reconstruction des familles de victimes

TÉMOIGNAGES – Enceinte au moment du drame, Mary, l’épouse d’Arnaud Garcia, agent pénitentiaire tué lors de l’attaque du péage d’Incarville, a donné naissance à une petite Martha. L’enfant permet à toute une famille de tenir bon.

Le 14 mai 2024, l’attaque du péage d’Incarville (Eure) coûtait la vie à deux agents pénitentiaires : Arnaud Garcia, 34 ans, et Fabrice Moello, 52 ans. Deux ans après, le chagrin et la colère restent intacts du côté des familles des victimes. «C’est très compliqué depuis plusieurs jours, j’ai l’impression de retourner deux ans en arrière. Toutes les émotions remontent à la surface», confie au Figaro Mary Garcia, l’épouse d’Arnaud. «Je reste très en colère et j’attends que justice soit faite pour Arnaud, Fabrice et les trois autres agents blessés», poursuit-elle.

«Mon fils est toujours dans ma tête et mon cœur», explique de son côté Dominique Garcia, le père d’Arnaud. «La colère je l’ai toujours, ils ont tué ma descendance», ajoute cet ancien gendarme à la retraite. Dominique a récemment trouvé le courage de visionner la vidéo de l’attaque qui a fauché la vie de son fils unique. Le 14 mai 2024, vers 11 heures, alors que le convoi pénitentiaire transportant Mohamed Amra est à l’arrêt au péage, une Peugeot 5008 vient s’encastrer par l’avant dans le fourgon pénitentiaire. Tout va très vite. Munis d’armes de guerre, au moins quatre assaillants cagoulés lancent l’assaut. Leurs gestes sont précis, appliqués, méthodiques. Sans hésiter, ils tuent de sang-froid Arnaud Garcia et Fabrice Moello pour libérer Mohamed Amra avant de prendre la fuite à bord de puissantes berlines.

Le grand public avait découvert avec effroi les images enregistrées par la caméra du péage d’Incarville. Dominique, lui, a eu accès aux caméras internes des véhicules de l’administration pénitentiaire. «C’est beaucoup plus impressionnant. Ce qui m’a ému, c’est que mon fils a fait son travail jusqu’au bout. Il a riposté avant que le coup de grâce ne lui soit donné. Je suis malheureux mais fier de ce qu’il a fait», explique Dominique.

Les auditions des rescapés montrent que les cinq agents pénitentiaires ont fait face à une scène de guerre. Deux ont été tués, Arnaud Garcia et Fabrice Moello, et trois ont survécu. «Avec Arnaud, on a la même chose en tête, on se dit c’est pour Amra», indiquait l’un des survivants dans sa déposition le 14 mai 2024. «II y a des coups qui retentissent et ça tire. J’entends hurler plein de choses mais je ne peux pas dire exactement quoi. J’étais dans le véhicule et les vitres étaient fermées. Notre pare-brise explose», décrit cet agent qui se trouvait aux côtés d’Arnaud Garcia lors de l’attaque.

«Il y a une silhouette sur la gauche du conducteur. Avec Arnaud on reste dans le véhicule, on dégaine et on fait feu en face. J’ai tiré en essayant de m’extraire du véhicule mais jusque-là je ne savais pas qu’on se faisait allumer de derrière. Tout de suite j’ai ressenti du froid à la tête, je pissais le sang», poursuit-il. Il constatera le décès de son collègue Arnaud quelques instants plus tard.

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Côté enquête, Mary et Dominique se tiennent au courant de l’avancée des investigations par l’intermédiaire de leur avocate, Me Pauline Ragot. «Je connais les choses les plus importantes, comme les nouvelles arrestations, mais je préfère me préserver. Le jour du procès sera suffisamment compliqué», explique Mary. Au vu des investigations titanesques, – il y a 49 suspects au total -, l’audience ne devrait pas avoir lieu avant plusieurs années.

La barbarie liée au fléau national du narcotrafic a frappé la famille d’Arnaud Garcia

Me Pauline Ragot, avocate de la famille d’Arnaud Garcia

«Cela fait deux ans que la barbarie liée au fléau national du narcotrafic a frappé la famille d’Arnaud Garcia. La souffrance est toujours à vif pour eux. Ils ne s’y habitueront jamais», indique Me Pauline Ragot au Figaro«Ils ont confiance dans l’information judiciaire en cours, qui a d’ores et déjà permis d’établir de très nombreuses responsabilités à plusieurs niveaux : personne ne doit passer entre les mailles du filet», poursuit la pénaliste. Avant de conclure : «Bien entendu, ils attendent en particulier que soit établie de manière certaine l’identité du tireur ayant abattu de sang-froid Arnaud Garcia malgré le manque de coopération, cruel mais non surprenant, de la plupart des individus concernés».

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Source : Le Figaro