
Condamné mercredi à 30 mois ferme, Charaf-Din Aberouz était accusé d’avoir visé l’avocat en 2023 pendant le procès de l’attentat de Magnanville à l’issue duquel son frère, Mohamed Lamine Aberouz, a été condamné à la perpétuité.
L’affaire était d’une gravité extrême avec un islamiste déjà condamné pour terrorisme et menaçant un avocat en diffusant des informations à plusieurs autres djihadistes dont le terroriste de Bir-Hakeim… Mercredi, Charaf-Din Aberouz a été reconnu coupable de menaces de mort à l’encontre de Me Thibault de Montbrial et condamné à une peine de 30 mois d’emprisonnement ferme avec délivrance d’un mandat d’arrêt au regard des faits. Trois ans de prison ferme avaient été requis par le parquet.
De plus, le tribunal judiciaire de Paris a ordonné une interdiction de contact du condamné avec Thibault de Montbrial pendant trois ans avec exécution provisoire et interdiction de paraître au domicile de l’avocat ou sur son lieu de travail pendant trois ans avec exécution provisoire. Charaf-Din Aberouz est également condamné à verser 10.000 euros au titre du préjudice moral et 4000 euros « au titre des frais non payés par l’État ». Symboliquement enfin, l’Ordre des Avocats se voit reconnu comme partie civile et reçoit un euro symbolique au titre du préjudice moral.
Assistant en octobre 2023 au procès de son frère Mohamed Lamine accusé pour l’attentat de Magnanville, Charaf-Din Aberouz avait désigné le banc des parties civiles, en ciblant tout particulièrement Thibault de Montbrial et en disant à son frère : « T’inquiète, il est mort » tout « en faisant un geste d’égorgement avec l’index ». L’enquête avait permis d’établir qu’Aberouz avait envoyé des informations concernant l’avocat «à treize contacts, parmi lesquels Armand Rajabpour Miyandoab , auteur de l’attentat du 2 décembre 2023 perpétré sur le pont Bir-Hakeim à Paris ». L’ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel avait précisé que l’avocat « était bien visé par les menaces dont la matérialité a été démontrée »
Egalement dans le JDD :
L’affaire est prise au sérieux. D’abord parce que la victime, Me Thibault de Montbrial, est une cible privilégiée des djihadistes en raison de son engagement dans la défense des victimes du terrorisme et des forces de l’ordre. Mais aussi parce que le suspect présente un profil radicalisé, prosélyte et violent. Charaf- Din Aberouz a une nouvelle fois rendez-vous avec la justice. Pour des faits qui remontent au 6 octobre 2023, dans le prétoire de la salle Voltaire de la cour d’assises de Paris, lors du premier procès de son frère, Mohamed Lamine Aberouz, complice de Larossi Abballa, le djihadiste qui a tué un couple de policiers, Jessica Schneider et Jean-Baptiste Salvaing, à leur domicile de Magnanville (Yvelines), en 2016. Me Thibault de Montbrial est l’avocat de la famille de Jessica. Lors d’une suspension d’audience après une passe d’armes entre avocats de la défense et de la partie civile, Charaf-Din Aberouz se lève des bancs du public et se dirige vers le box. Il est soupçonné d’avoir lancé à son frère : « T’inquiète, lui il est mort », tout en mimant un geste d’égorgement de gauche à droite avec son index, et en désignant les places réservées aux parties civiles.
L’avocat, qui a relaté des intimidations de la part du suspect après avoir évoqué à la barre des possibles pressions sur des témoins, n’assiste pas directement à la scène. Il se trouve à ce moment précis dans le bureau du président des Assises à la suite d’un incident d’audience. Mais les menaces sont observées aux premières loges par un gendarme qui assure la sécurité du procès. L’incident sera rapporté à l’avocat par son officier de sécurité, Thibault de Montbrial étant sous
protection policière à la suite de la diffusion d’une vidéo de propagande d’Al-Qaïda dans laquelle il a été nommément cité. D’autres témoins viendront pendant l’instruction corroborer la version du gendarme et relever l’attitude « menaçante » d’Aberouz tout au long du procès.
Charaf-Din Aberouz n’est pas un inconnu pour la justice
Ce dernier nie en bloc, et ses avocats considèrent que le dossier repose uniquement sur la parole d’un gendarme. Le prévenu assure ne pas avoir mimé de geste d’égorgement, ne pas avoir proféré de menaces et ne pas connaître Me de Montbrial. Une ligne de défense jugée surprenante par l’accusation, d’autant qu’il a été mis en examen et incarcéré pendant deux ans dans cette même procédure de l’attentat de Magnanville, avant de bénéficier d’un non-lieu. Par ailleurs, les enquêteurs ont retrouvé un lien Twitter renvoyant à une interview de l’avocat. Aberouz a envoyé ce message à treize contacts, parmi lesquels Armand Rajabpour-Miyandoab, auteur de l’attentat terroriste perpétré un mois et demi plus tard sur le pont de Bir-Hakeim, à Paris. Autre preuve numérique : une photo supprimée laissant apparaître l’avocat aux côtés de sa cliente. Autant d’éléments qui tendent à démontrer, écrit le parquet dans son réquisitoire, « l’intérêt qu’il lui a porté durant l’audience ».
Mais Charaf-Din Aberouz est loin d’être un inconnu de la justice antiterroriste. Son casier judiciaire comporte six condamnations, dont une en 2013, de cinq ans de prison, pour avoir tenté de
rejoindre une zone de djihad au Pakistan. À l’époque, il se définissait lui-même comme « un combattant qui aime le sang » et s’entraînait avec ses acolytes dans le parc de La Courneuve à égorger des lapins. En janvier 2023, il a aussi été condamné par le tribunal correctionnel de Versailles à un an de prison, dont six mois avec sursis, pour des menaces de mort à l’encontre d’un cadre policier de la DGSI.
Ce père franco-marocain de quatre enfants comparaîtra donc ce lundi en état de récidive légale devant la 10e chambre correctionnelle du tribunal de Paris. Sauf surprise, il ne sera pas présent. Le JDD a en effet appris que le 18 février 2025, il avait été déchu de sa nationalité française par décret. Mais le juge des libertés et de la détention l’a tout de même autorisé à faire des séjours au Maroc où il a des attaches familiales. « Le 24 octobre dernier, mon client a été refoulé par la police aux frontières au Maroc et a été empêché de revenir en France puisqu’il n’avait aucun titre de séjour valide », soutient son avocat, Me Sami Khankan, qui demandera à l’audience le renvoi de l’affaire. L’avocat de Thibault de Montbrial, Me Georges Sauveur, dit ne pas regretter son absence : « Je n’attends rien de ses réponses. Il ment, et mal. » Quelle que soit l’issue du procès – le tribunal peut le juger en son absence –, les autorités auront, a minima, trouvé la solution pour qu’Aberouz s’éloigne du territoire national.